mardi 17 mars 2015

Les Républicains ou le dernier argument du bipartisme.



Le nouveau nom et logo de l’UMP ont commencé à circuler et n’ont pas provoqué de grande surprise au sein de la sphère politique. Le nom « Les Républicains » circulait depuis plusieurs semaines et n’offense pas l’image pro-américaine que l’on avait de Nicolas Sarkozy. En réaction à  ce nouveau nom, on pourrait dire avec un brin de provocation : « Rien de nouveau sous le soleil ».
On peut même voire une ressemblance entre le premier logo et celui du parti républicain américain.









 Cependant, ce changement contient beaucoup de significations :

-l’échec de l’UMP pour devenir un parti politique solide et de s’implanter durablement dans la vie politique française. Crée en 2002 après le 21 avril (même si l’idée de changer le RPR était déjà en discussion) l’UMP n’aura été que la machine de combat de la droite pour les élections de 2007. Une fois l’Élysée perdu, ce parti n’avait plus d’intérêt et n’a pas pu incarner une des trois traditions de la droite française (légitimisme, bonapartisme, orléanisme).

-l’échec de la droite décomplexée de Jean François Copé et aussi, sans le dire, de la ligne Buisson car Les Républicains regroupe les tendances de l’UMP, c'est-à-dire, des centristes, des libéraux et quelques gaullistes. La tentative de faire un parti de droite qui laisserait le centre pour son extrême est donc effacée. Les dirigeants de ce parti seront majoritairement des centristes.

 -l’échec du gaullisme de faire un parti bonapartiste défendant une ligne national-souverainiste et une « certaine idée de la France ». Désormais tout l’héritage gaulliste a été effacé comme la croix de lorraine, le chêne (vieux symbole des droites françaises) et les mots comme « union » et « rassemblement ».












 Mais ce changement montre aussi plusieurs volontés du centre-droit.

  -le souhait du centre-droit français d’être qualifié par autre chose que « la droite ». Ce n’est pas tant la honte d’être de droite mais c'est le souhait d’avoir une qualification similaire à celle de « socialiste » ou « communiste ». C’est aussi le but de créer une identité politique forte et donc un sentiment d’appartenance important au sein du parti. Il est vrai qu’à l’époque de l’UMP, la qualification de « libéral » aurait pu se faire, mais il ne s’agissait que d’un courant de ce mouvement et ce terme ne fut jamais populaire en France (on peut dater l’origine de ce fait à l’échec de la politique de réforme de Turgo sous Louis XVI).

-la volonté d’empêcher l’émergence d’un nouveau parti du centre comme en 1980 qui a profondément affaiblit la droite lors de la présidence de François Mitterrand.

-enfin, il y a cet objectif de maintenir coûte que coûte le bipartisme en France. Cela peut paraitre paradoxal car l’UMP avait pour but de réunir toutes les droites afin d’en être le parti unique mais le retour du FN a anéanti ce but. Les Républicains reprend ce vieux rêve mais uniquement dans la symbolique. En effet, ce nom sert au parti de se distinguer à la fois du PS mais aussi du FN ce qui veut dire que si Les Républicains reflète l’image d’un parti politique dans un système biparti, son objectif est de créer un parti fortement identifiable dans un système triparti. On est donc dans une contradiction.

Le tripartisme n’est pas bien vu par les grands partis car cela signifie un partage du pouvoir et une évolution des réseaux au sein de la vie politique française pouvant conduire à des changements dans le paysage d’ordre idéologique, sociologique et tout simplement politique (le jeu des alliance). Il sera très difficile de faire croire qu’un parti qui s’installe de plus en plus solidement dans le paysage politique n’est pas, du moins en apparence, républicain et donc des alliances finiront par se faire.

Au final, on peut voire ce nouveau nom comme un trait d’union entre la période du bipartisme et celle du tripartisme.

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