Parmi les nombreuses différences entre les Anglais et les
Français, il y a cette activité qui consiste à refaire l’Histoire. Adoré par
les premiers, détesté par les seconds, refaire l’Histoire consiste à imaginer
ce que serait le présent si le passé s’était produit autrement. L’effet
papillon étant absorbé dans un phénomène beaucoup plus large, refaire
l’Histoire essaye, en réalité, de voir si une science-humaine est possible ou
non. Comment refaire l’Histoire ? On reprend un évènement historique court
et on change la fin pour imaginer les conséquences. En fait,
l’idée est de spéculer sur les comportements des hommes par rapport à tel ou
telle situation. Isaac Asimov a tenté de se pencher sur cette capacité de
spéculation avec la psycho-histoire mise au rang d’honneur par Harry Seldon
(personnage fictif du cycle Fondation) mais il a bien montré les limites en
disant que pour assurer l’efficacité de cette science, elle doit être ignorée
par le plus grand nombre (ce qui est ironique car la science est présentée
comme étant une arme de pointe contre l’ignorance des masses). De plus, la psycho-histoire peut aussi être mise à mal
par une déviance individuelle non-prévue car elle ne se concentre que sur les
masses et non sur les individus. Refaire l’Histoire est cette vieille volonté
de faire de l’Homme un objet scientifique prévisible, et donc manipulable, mais
il n’y a pas de règle pour appliquer cette matière. Anthony Rowley et Fabrice
D’almeida ("Et si on refaisait l'Histoire?" 2000 ans d'Histoire sur France inter) n’ont pas du tout la même façon de faire que la
collection Jour J. Enfin, il y a la limite temporaire car plus on refait l’Histoire loin dans le passé, plus il est difficile d’imaginer ce que serait le présent (or c’est ce qui nous intéresse).
Une science consiste à pouvoir vérifier une théorie à la
suite d’expérience, ce qui est impossible avec l’Histoire. On peut réunir la "Psychologie des foules" de Gustave Le Bon, les travaux de Max Weber et
d’Emile Durkheim, de Lacan et quelques auteurs de science-fiction, nous
n’aurons jamais une science-humaine au même titre que la physique ou la chimie.
Philippe K. Dick est allé loin dans ce travail avec son
livre « Le maître du haut château » mais même lui ne croyait pas à
une telle entreprise, ni à la possibilité que l’Histoire ait pu se passer
autrement (comme on peut le voire à la fin de son livre). C’est d’ailleurs là
où réside la force des partisans du « sens de l’Histoire », il est
matériellement impossible de montrer qu’ils ont tort, la réponse ne se situant
que dans le futur.



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