mercredi 8 avril 2015

Le street art à la croisée des chemins



Tout le monde a au moins une fois dans sa vie vu du street art, ou plutôt de l’art de rue, que se soit du graff, de la danse ou de la sculpture. Ayant été récemment interrogé par un jeune pour un sondage portant sur ce thème (les questions du sondage s’orientaient favorablement à cet art), le questionnaire avait au moins le mérite de poser l’éternelle question : faut-il institutionnaliser l’art de rue ?



Avant de donner des éléments de réponse, il faut retourner dans le temps pour voire que l’art de rue ne commence pas avec les bombes à tag et le hip hop mais dès l’Antiquité sur les murs de Rome et de la Grèce antique. Il s’agissait de messages d’ordre politique pour ou contre une illustre personnalité de la cité : Périclès, Brutus dessiné en train d’assassiner César, des chrétiens avec des têtes d’âne… Alors on peu se demander si les messages d’ordre politiques peuvent être qualifiés d’art de rue. En se fondant sur l’idée que l’art envoie un message (la perception de l’auteur de sa réalité directe, son état d’esprit, son quotidien…) et les principes de base de la sémiotique, les messages politiques inscrits dans la rue peuvent être qualifié d’art de rue. Pour répondre d’ailleurs à une des questions du sondage, l’art de rue est engagé par le simple fait qu’il engage le passant à voire (volontairement ou non) l’inscription ou le dessin. On peut pousser la logique un peu plus loin en considérant que les affiches politiques et publicitaires peuvent être des composantes du street art.



Le concept de l’art de rue est le fait de voire une œuvre là où on ne l’attend pas forcément (comme dans une galerie) sauf que cela peut poser des problèmes d’urbanisme compréhensibles : la dégradation des murs, les problèmes sonores ou tout bêtement les questions de bon goût.






La rue est aussi le premier lieu d’expression et de contestation.

Il faut donc se questionner sur l’idée d’institutionnaliser un des actes premiers de contestation. On peut aussi prolonger la réflexion sur la pertinence d’institutionnaliser la contestation au risque de la tuer, logiquement, dans l’œuf.
Dans la démarche de l’officialisation, il y a la mise en place de mur à graffiti où l’idée de certains commerçants de laisser leu rideau de fer gaffés. Mais certains propose carrément des galeries de graffitis qui réduit en cendre le principe même d’art de rue.
On peut en dire autant pour la danse qui finit dans les clips pour finir dans le top 10 de M6 musique.


On peut cependant rétorquer que l’art de rue peut-être pour les plus talentueux la première étape d’une belle carrière !

L’art de rue connait aussi une évolution continue et n’est pas destiné à finir dans une académie (aucun jugement de valeur de ma part). On est passé de la craie à la bombe à tag, des instruments celtiques à la grosse sono, sans oublier les éternels spectacles de rue. On n’a pas affaire à un art fixe avec des codes et des outils définis et l’institutionnalisation semble donc être extrêmement délicate.
Les tentatives d’adopter l’art de rue tue le principe même de cet art sans pour autant mettre fin aux actes de vandalisme. En réalité l’art de rue a deux choix : où il garde son rôle historique quitte a toujours être dans le viseur des autorités où il prend les chemins des institutions et élargie le champ de l’art. Pour ce qui est du tague, on peut dire que son édification peut être une réponse à l’art abstrait (qualifiée par Michel Audiard comme étant la pire des escroqueries) et les monochromes car pour être crédible, l’art de rue doit répondre aux critères de beauté esthétique partagé par le plus grand nombre afin de ne pas être perçu comme un simple acte de voyou.
Ceci dit, cette seconde option n’est pas le plus partagé et l’art de rue « illégal » ne disparaitra pas car il est aussi une marque d’appropriation du territoire par ses auteurs, cela renvoie à la vieille idée « La rue appartient à celui qui y descend ».

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